Bénévoles : recruter, répartir les postes et fidéliser d’une année sur l’autre

Le vrai plafond d’une fête de village, c’est le nombre de bras

On croit toujours que le facteur limitant, c’est l’argent. Ce n’est presque jamais vrai. Une subvention en moins, on réduit le feu d’artifice ou on repousse la commande de banderoles. Quinze bénévoles en moins un samedi matin, et la fête ne se monte pas. Le chapiteau reste plié, la buvette ouvre en retard, le repas part une heure après l’heure annoncée et tout le monde rentre en se disant que c’était moins bien que l’an dernier.

Le nombre de personnes disponibles, à une date donnée, pour un créneau donné, décide de la taille de votre fête. Tout le reste s’ajuste après. Donc on commence par là.

Recruter : compter les postes avant d’appeler les gens

L’erreur classique du comité des fêtes, c’est l’appel général : « on cherche des bénévoles pour la fête du village ». Personne ne répond, parce que personne ne sait à quoi il s’engage. On répond beaucoup mieux à « il me faut deux personnes au parking, samedi de 9h à 12h ».

Faites la liste des postes, avec les horaires

Prenez le programme et découpez-le en postes concrets. Montage la veille. Accueil et parking. Buvette (par tranches de trois heures, pas plus). Service du repas. Plonge. Billetterie. Sécurité des accès. Rangement le lendemain matin — c’est le poste que tout le monde fuit, il faut le nommer et le pourvoir en premier.

Pour chaque poste : un nom de référent, un nombre de personnes, une heure de début, une heure de fin. Un tableau sur une feuille A3 affichée au local fait le travail aussi bien qu’un logiciel.

Où on trouve réellement du monde

Les autres associations de la commune d’abord : club de foot, école de musique, parents d’élèves, anciens combattants, société de chasse. Elles ont déjà des listes de personnes habituées à se lever tôt pour du collectif. Un échange de bons procédés (vous venez à notre fête, on vient à votre tournoi) marche mieux qu’une demande sèche.

Ensuite les familles des exposants, des producteurs et des groupes invités. Puis le bouche-à-oreille ciblé : un bénévole qui demande à son voisin obtient un oui, une affiche à la boulangerie obtient rarement mieux qu’un sourire.

Sachez enfin qu’un mineur peut tout à fait adhérer à votre association et s’y investir (associations.gouv.fr). Les 15-18 ans sont une ressource réelle pour le montage, le service et le rangement. En revanche, ne les placez pas au poste alcool : la buvette obéit à des règles strictes, détaillées plus bas.

Répartir : un nom, un créneau, un responsable

Un bénévole qui ne sait pas à qui il rend compte finit par ne rien faire, ou par faire ce qu’il veut. Chaque poste a un responsable identifié, joignable, avec son numéro sur la feuille de service. C’est aussi une question de responsabilité : en cas de dommage causé par un bénévole agissant dans le cadre de son activité pour l’association, c’est la responsabilité de l’association qui peut être engagée, alors que la faute personnelle détachable engage le bénévole lui-même (associations.gouv.fr). Encadrer, ce n’est pas du zèle, c’est de la protection mutuelle.

La buvette : le poste à ne pas improviser

La buvette est le poste qui rapporte le plus et qui expose le plus. Une association ne peut ouvrir une buvette temporaire qu’avec l’autorisation du maire, et le nombre d’autorisations est contingenté : 5 par an au maximum pour les manifestations organisées par une association (service-public.fr). La demande se dépose auprès du maire au moins 3 mois avant la date, délai ramené à 15 jours pour les manifestations exceptionnelles (service-public.fr). Seules les boissons des groupes 1 et 3 sont concernées : sans alcool, et boissons fermentées non distillées jusqu’à 18° comme le vin, la bière ou le cidre.

Concrètement : la personne qui tient la caisse et la personne qui sert ne sont pas la même, on tourne toutes les trois heures, et on désigne à l’avance qui décide d’arrêter de servir quelqu’un. Cette décision-là ne s’improvise pas à 23h.

Sécurité, accès, secours

L’organisation d’une manifestation ouverte au public suppose de se rapprocher de la mairie, des services de secours et de la police ou gendarmerie pour caler les mesures de sécurité (associations.gouv.fr). Ces exigences varient beaucoup d’une commune et d’une préfecture à l’autre selon la jauge, le lieu et la présence d’un feu d’artifice. Posez la question en mairie très tôt, parce que la réponse détermine combien de bénévoles il vous faut aux accès.

Ce que vous devez à vos bénévoles : l’assurance

C’est le point que les comités négligent le plus, et c’est le plus grave. L’assurance n’est pas imposée de façon générale par les textes, mais l’association qui accueille des bénévoles a tout intérêt à souscrire un contrat couvrant sa responsabilité civile (associations.gouv.fr). La jurisprudence reconnaît une « convention tacite d’assistance » entre l’association et le bénévole, qui fait peser sur l’association une obligation d’assurer sa sécurité.

Attention au piège : la responsabilité civile couvre les dommages causés aux tiers. Les dommages subis par le bénévole lui-même — la cheville cassée en démontant le podium — ne sont pas toujours couverts, et une garantie accident complémentaire existe (service-public.fr). Par ailleurs, les organismes d’intérêt général peuvent souscrire une assurance volontaire « accidents du travail » auprès de la CPAM, tandis que les bénévoles des organismes à objet social en bénéficient automatiquement, sur le fondement des articles L412-8 et D412-78 du code de la sécurité sociale (associations.gouv.fr).

L’action à mener est simple et pénible : ressortez votre contrat, appelez votre assureur, et demandez par écrit si les manifestations exceptionnelles, les bénévoles occasionnels et le transport de personnes sont couverts. Vérifiez aussi ce que votre mairie exige comme attestation avant de vous prêter la salle ou la place : beaucoup de communes réclament une preuve d’assurance avant d’autoriser quoi que ce soit.

Ce que vous pouvez leur donner sans les rémunérer

Un bénévole agit gratuitement. Mais il n’est pas obligé de payer de sa poche, et il existe deux leviers légaux que trop de comités ignorent.

Les frais engagés

Le bénévole qui avance des frais pour l’association (carburant, péage, achat de matériel) peut se les faire rembourser. S’il y renonce, cette renonciation vaut don et ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu de 66 % des sommes, dans la limite de 20 % du revenu imposable, à condition que l’association soit d’intérêt général à but non lucratif (service-public.fr). Il faut une déclaration écrite de renonciation, du type « je soussigné certifie renoncer au remboursement des frais », plus les justificatifs, le tout conservé dans la comptabilité de l’association.

Pour les kilomètres, le barème applicable en cas de renonciation est aligné sur celui des salariés et republié régulièrement (associations.gouv.fr) : prenez la valeur en vigueur sur cette page l’année où vous établissez les reçus, ne recopiez pas celle d’un vieux classeur. Et vérifiez d’abord que votre comité relève bien du caractère d’intérêt général — ce n’est pas automatique du seul fait d’être une association loi 1901.

Les chèques-repas du bénévole

Dispositif méconnu et très adapté à une fête qui dure deux jours : l’association peut remettre à ses bénévoles réguliers des chèques-repas, dont le montant maximum est de 7,50 € par chèque au moment où nous écrivons (service-public.fr). L’association doit en financer intégralement le montant, avoir adopté le principe en assemblée générale et tenir à jour la liste des bénéficiaires. La contribution de l’association est exonérée de toutes charges fiscales et sociales. Le plafond étant réévalué, vérifiez la valeur en cours sur la fiche avant de commander.

Les situations particulières à connaître

Un demandeur d’emploi peut être bénévole. L’article L5425-8 du code du travail pose les conditions : le bénévolat ne peut pas s’exercer chez un précédent employeur, il ne peut pas se substituer à un emploi salarié, et il doit laisser assez de temps pour la recherche d’emploi (associations.gouv.fr). L’activité doit être déclarée à France Travail dans les meilleurs délais suivant son exercice (francetravail.fr). Dites-le à vos bénévoles concernés : ça évite un mauvais courrier trois mois plus tard.

Un salarié peut être bénévole en dehors de son temps de travail, sans utiliser les moyens de son entreprise ni concurrencer son employeur (associations.gouv.fr).

Fidéliser : la seule chose qui fait tenir une fête dans la durée

Recruter coûte dix fois plus cher que garder. Trois leviers fonctionnent, dans cet ordre.

  • Tenir l’horaire promis. Un bénévole inscrit de 14h à 17h qu’on relâche à 21h ne revient pas. Prévoyez les relèves, et prévoyez-en une de plus que nécessaire.
  • Nourrir et abreuver ceux qui tiennent les postes. C’est exactement ce à quoi servent les chèques-repas ci-dessus, ou un repas d’équipe à l’abri du public.
  • Reconnaître, nommément. Une liste des bénévoles dans le bulletin municipal, un mot du maire au micro, un pot de fin après rangement — pas avant, sinon le rangement n’a pas lieu.

Pour les plus investis, pensez au compte engagement citoyen. Un bénévole qui siège à l’organe de direction ou encadre d’autres bénévoles, et qui déclare 200 heures sur l’année civile dont au moins 100 heures dans la même association, acquiert jusqu’à 240 € de droits à formation par an, plafonnés à 720 € (service-public.fr). La déclaration se fait avant le 30 juin de l’année suivante et doit être validée par un responsable de l’association au plus tard le 31 décembre. L’association doit être déclarée depuis au moins un an. Ça ne remplace pas un merci, mais pour un trésorier ou un président qui donne ses samedis, c’est un signal concret.

Le réflexe à garder

Tout ce qui précède décrit le cadre national. Sur le terrain, c’est votre mairie qui tranche : autorisation de buvette, occupation de la place, branchements électriques, exigences de sécurité, attestation d’assurance à fournir, délais de dépôt des demandes. Ces règles varient d’une commune à l’autre et changent. Passez en mairie dès que votre date est fixée, avec votre liste de postes sous le bras. Vous saurez alors combien de bénévoles il vous faut vraiment — et c’est ce chiffre-là, pas le budget, qui dira la taille de votre fête.

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