Un vignoble au milieu de Paris, et ce n’est pas une blague
Il existe, coincé entre la rue des Saules et la rue Saint-Vincent, à deux pas du Sacré-Cœur, un vignoble de 1 556 pieds de vigne. En plein Paris. En plein 18e arrondissement. Pas un jardin décoratif. Un vrai vignoble, avec de vrais raisins, qui donne de vraies bouteilles — certes quelques centaines par an, certes pas du Romanée-Conti, mais du vin quand même.
Le Clos Montmartre a été replanté en 1932, sur un terrain que la Mairie de Paris a sauvé de la promotion immobilière. Depuis 1934, chaque automne, les Vendanges de Montmartre célèbrent cette récolte improbable avec une fête qui attire 500 000 curieux sur la Butte. Oui, un demi-million de personnes pour un vignoble qui produit à peine assez de vin pour remplir un café.
C’est absurde. C’est magnifiquement parisien.
La procession des confréries : quand le vin devient cérémonie
Le moment phare des Vendanges, c’est la procession costumée. Imaginez : des dizaines de confréries viticoles venues de toute la France — et du monde entier — défilent dans les rues de Montmartre en costume d’apparat. Capes, toques, médaillons, bâtons de cérémonie. Les Chevaliers du Tastevin côtoient la Confrérie du Piment d’Espelette, qui croise la Jurade de Saint-Émilion.
C’est kitsch ? Un peu. C’est solennel ? Beaucoup. C’est sincère ? Absolument. Ces confréries, certaines vieilles de plusieurs siècles, perpétuent des rituels qui rappellent que le vin, en France, n’est pas juste une boisson. C’est un lien social, un patrimoine, une excuse pour défiler en tenue ridicule en toute dignité.
Le cortège remonte la Butte, serpente entre les ruelles pavées, et finit au Clos pour le coup de sécateur inaugural. Le premier raisin coupé, c’est le signal : les vendanges sont ouvertes, la fête peut commencer.
Les enchères : acheter une bouteille d’histoire
Les bouteilles du Clos Montmartre ne sont pas en vente au supermarché. Elles sont vendues aux enchères, en mairie du 18e, et l’intégralité des bénéfices finance les œuvres sociales de l’arrondissement. C’est-à-dire que chaque bouteille achetée est un acte de générosité déguisé en achat de vin.
Soyons honnêtes : le vin du Clos Montmartre ne décrochera jamais d’étoile dans un guide. Les vignerons bénévoles le savent, les acheteurs aussi. On n’achète pas cette bouteille pour ce qu’elle contient. On l’achète pour ce qu’elle représente : le dernier vignoble de Paris, une tradition de presque un siècle, et quelques centaines de litres pressés sur la colline la plus célèbre de France.
Le Clos Montmartre, replanté en 1932 avec 1 556 pieds de vigne, est le seul vignoble intra-muros de Paris et produit chaque année quelques centaines de bouteilles vendues aux enchères au profit des œuvres sociales du 18e arrondissement.
Les prix s’envolent parfois. Ce qui fait la valeur d’une bouteille du Clos, ce n’est pas le terroir — soyons sérieux, c’est du calcaire parisien sous 10 mètres de touristes — c’est la rareté et l’histoire. Et ça, aucun grand cru ne peut le reproduire.
Manger et boire sur la Butte : au-delà du piège à touristes
Montmartre, en temps normal, est un champ de mines gastronomique. Pour chaque bonne adresse, dix restaurants à nappes à carreaux qui servent des crêpes surgelées à des touristes résignés. Mais pendant les Vendanges, la donne change.
Les ateliers gastronomiques installés autour du Sacré-Cœur et dans les rues adjacentes proposent des dégustations qui valent le détour. Vignerons indépendants venus avec leurs bouteilles sous le bras, fromagers affineurs, charcutiers qui tranchent devant vous. C’est la France des marchés, transplantée sur la Butte le temps d’un week-end.
Le conseil : fuyez la place du Tertre. Descendez vers la rue Lepic, trouvez un bout de trottoir, ouvrez une bouteille de Gamay du Beaujolais (pas celui du Clos, vous n’avez pas les moyens), et regardez passer les confréries. C’est le meilleur rapport plaisir/prix de tout Paris.
Pour grignoter, les stands de charcuterie et de fromage sont les vrais héros. Un morceau de Comté 24 mois, une tranche de rosette de Lyon, un bout de pain de campagne — vous venez de composer le meilleur repas de la journée pour moins de dix euros. Les restaurants tout autour peuvent aller se rhabiller.
Le Clos Montmartre : une vigne politique
Ce que peu de gens savent, c’est que le Clos Montmartre est un acte de résistance urbaine. En 1928, le terrain devait devenir un immeuble. Des habitants se sont battus, ont obtenu son classement, et la Ville de Paris a replanté une vigne en 1932 — un pied de nez aux promoteurs, un geste pour la mémoire du Montmartre agricole.
Parce que Montmartre, avant d’être un quartier de peintres et de cabarets, était couvert de vignes et de moulins. Le Moulin de la Galette, immortalisé par Renoir, broyait du grain au milieu des ceps. Au XVIIIe siècle, le vin de Montmartre avait même une réputation — mauvaise, certes, on disait qu’il « fait pisser et bondir », mais une réputation quand même.
Depuis 1934, les Vendanges de Montmartre perpétuent cette mémoire viticole avec une fête qui rassemble 500 000 spectateurs en plein cœur de Paris, faisant de cet événement l’une des plus grandes fêtes populaires de la capitale.
Le Clos aujourd’hui, c’est ce souvenir vivant. Vingt rangs de vigne sur une pente raide, entretenus par des bénévoles passionnés, et qui produisent un vin dont l’étiquette change chaque année — dessinée par un artiste montmartrois. C’est un vignoble-manifeste, et les Vendanges sont sa fête nationale.
Guide pratique : comment profiter des Vendanges sans se perdre
Quand : premier week-end d’octobre, sur trois jours. L’essentiel se concentre le samedi, jour de la procession et des enchères.
Où : tout se passe entre le Sacré-Cœur, la rue des Saules (où se trouve le Clos) et les rues adjacentes. Métro Lamarck-Caulaincourt ou Anvers — mais préparez vos mollets, ça grimpe.
Le piège : venir en voiture. Le 18e un jour de Vendanges, c’est 500 000 personnes dans des rues médiévales. Prenez le métro. Ligne 12, station Lamarck-Caulaincourt, ascenseur direct vers la Butte. Merci plus tard.
Le budget : la fête est gratuite. Les dégustations, les ateliers, les concerts de rue — tout est en accès libre. Seules les enchères ont un prix, et c’est pour la bonne cause.
FAQ — Vendanges de Montmartre
Quand ont lieu les Vendanges de Montmartre ?
Le premier week-end d’octobre, sur 3 jours de festivités. En 2026, les dates prévisionnelles sont les 2, 3 et 4 octobre.
Peut-on visiter le Clos Montmartre en dehors des Vendanges ?
Le Clos est un jardin fermé, accessible uniquement lors de visites organisées par la Mairie du 18e ou pendant les Vendanges. Il n’est pas ouvert au public en permanence.
Combien de bouteilles produit le Clos Montmartre ?
La production varie selon les années, mais tourne autour de 300 à 500 bouteilles par an — un volume minuscule, ce qui explique leur prix aux enchères.
Les Vendanges de Montmartre sont-elles gratuites ?
Oui, l’accès à la fête, à la procession et aux animations de rue est entièrement gratuit. Seules les bouteilles aux enchères sont payantes.
Depuis quand existe la Fête des Vendanges de Montmartre ?
La première édition date de 1934, deux ans après la replantation de la vigne en 1932 sur les coteaux de la Butte Montmartre.
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